Les autres terrains

Si un laboratoire ne doit pas être structuré autour d’une addition de programmes de recherches individualisés rendant impossible toute dynamique collective, il ne peut pas être non plus essentiellement structuré autour d’un seul et même programme. Voilà pourquoi nous estimons judicieux d’emprunter d’’autres voies. Plus individuelles, non financées le plus souvent mais potentiellement porteuses d’avenir. Pour hétérogène qu’il soit, le détail des travaux suivants montre pourtant que la question de la normativité demeure autant que celle de la régulation. Bien sûr ces déclinaisons se distinguent des terrains investis collectivement. Mais peut-être deviendront-ils des objets de rencontres scientifiques où plusieurs chercheurs de l’Atelier échangeront en même temps, où germeront de prochaines contractualisations (c’est parfois déjà le cas) à partir desquelles se fabriqueront ce qui permet aussi de mesurer l’activité scientifique. Des communications, des publications et des manifestations d’échanges.

 

Le bien-être au travail

Derrière la violence s’associent spontanément les comportements délictueux, incivils. Mais d’autres violences, plus symboliques existent. Certains contextes menacent, agressent, abîment l’individu. Tel est le cas du monde de travail. Dans ce milieu souvent sous tension, il est important de disposer de ressources pour faire face et préserver son bien-être. La compétence à maintenir ou à restaurer un niveau de bien-être personnel est une manière de s’adapter à la violence et de la réguler. L’objectif de cette recherche est de produire de quoi mesurer ce bien-être. Ce travail prend appui sur un contrat de recherche passé entre l’IRFO (Institut des Rencontres de la Forme) et l’Atelier pour une durée de deux ans (de Décembre 2011 à Décembre 2013). Cette demande s’insère dans l’activité de l’Institut dont l’objectif est : « de mieux accompagner les français sur le chemin de la forme et du mieux vivre » (Lettre d’Information N°1, Juillet 2011). Ainsi, après avoir construit un outil d’évaluation de la forme physique (DiagnoForm), puis un autre sur les habitudes alimentaires (Diagnofood), les acteurs souhaitent ici pouvoir mesurer le bienêtre psychologique. Derrière cette volonté, germe l’idée que le lieu de travail puisse être aménagé afin de préserver ou de restaurer le bien-être psychologique des salariés. Notre projet est donc de créer un questionnaire pour mesurer le bien-être en entreprise, mais plus globalement celui d’individus en activité. En référence aux deux grandes conceptions (hédonique et eudémonique) du bien-être, la grille d’entretien mobilisera des questionnements sur le vécu émotionnel, les relations sociales, la dimension cognitive (pensées, ressentis). Compte tenu d’autres questionnaires déjà existants, l’originalité de cette recherche est liée au fait que les manifestations du bien-être seront évaluées dans le contexte de l’entreprise, mais aussi dans la vie personnelle. Enfin, nous chercherons aussi, à faire l’inventaire des ressources disponibles pour restaurer le bien-être lorsque ce dernier est diminué. Deux grandes étapes permettront d’élaborer l’outil. La première aura pour but de recenser les manifestations du bien-être psychologique dans le contexte professionnel, mais aussi à l’extérieur de celui-ci. A partir du matériel d’entrevues, une analyse de contenu puis des analyses factorielles permettront de faire émerger les différentes dimensions du bien-être exprimées. La seconde phase consistera à construire les différents items du questionnaire et à tester la qualité de l’instrument. Par des passations du questionnaire sur des participants en activité, des analyses statistiques reprenant les mesures habituelles de validation seront réalisées (fidélité, corrélations entre les items, coefficients de saturation). Suite aux résultats de ces différentes analyses, des ajustements éventuels seront réalisés (suppression, réécriture des items) pour parfaire la qualité psychométrique de l’instrument.

 

La pratique d’activités dites de remise en forme

Depuis que les penseurs des années 1970 ont mis en évidence les dimensions culturelles, politiques, institutionnelles, économiques et inter-individuelles qui participent à la construction sociale des corps, la sociologie s’est réconciliée avec la notion de « pratiques corporelles ». Dans les années 1980-1990, nombre de travaux ont étudié de « nouvelles » pratiques corporelles, les activités dites de remise en forme notamment, explorées par Yves Travaillot dans une perspective socio-historique et par Olivier Bessy dans une perspective sociologique. Depuis, la communauté scientifique est assez silencieuse. Silence intriguant si l’on considère qu’un français sur quatre s’adonne à ce type d’activités (SOFRES, 2000), ce qui les placent au quatrième rang des « sports les plus pratiqués » (MJS 2001). Silence étonnant lorsqu’on le renvoie aux nombreuses questions restées en suspens. C’est donc par l’étude des espaces, des pratiques et des pratiquant(e)s d’activités dites de remise en forme, circonscrite à la région du Nord/Pas-de-Calais, que nous entamerons ce programme de recherche. Notre objectif est de repérer dans quelles mesures les normes corporelles de beauté et/ou de santé, qui s’imposent avec une certaine violence symbolique, conduisent à la mise en conformité/conformation des corps et de fait, participent au processus de stigmatisation, voire de discrimination, des « déviants », considérés avant tout comme « responsables » de leur écart à la norme.

 

Les dispositifs de santé publique : le cas de la lutte contre l’obésité et la sédentarité

Le programme de recherche proposé porte sur l’analyse de la territorialisation des politiques publiques de prévention sanitaire articulant mode de vie « actif » et santé. Cette enquête s’inscrit dans le prolongement d’une recherche financée par l’Institut de Recherche en Santé Publique (appels à projet « Territoires et santé » 2009-2012), dirigée par N. Haschar-Noé. Il s’agit ici d’étudier les modalités de fabrication et de réception des politiques locales de santé destinées particulièrement aux jeunes, public fortement exposé à l’accentuation des phénomènes de vulnérabilité. Plus précisément, il s’agit d’étudier ici les formes de régulation instaurées en région afin de construire une action de prévention destinée à sensibiliser les populations à l’importance de l’alimentation et de l’activité physique pour la santé. Dans un contexte de réforme du système politico-administratif français, c’est la gouvernance territoriale (rapports entre l’Etat et les divers niveaux de collectivités territoriales) qui mobilise notre attention. Afin d’apprécier la complexité des dynamiques à l’oeuvre dans une action publique multi-niveaux et multi-secteurs, des entretiens semi-directifs seront effectués auprès de différentes catégories d’acteurs : les représentants des collectivités territoriales et de leurs groupements (élus politiques et agents administratifs), des établissements et services déconcentrés de l’Etat appelés à s’impliquer sur ces questions (ARS, DRJSCS, Rectorat, DRAAF, etc.), des opérateurs associatifs relevant de divers secteurs (santé, sport, aide alimentaire, action sociale…). Par ailleurs, des enquêtes quantitatives seront réalisées auprès des jeunes, destinataires de nombreux programmes publics de prévention afin de mieux cerner comment ces cibles perçoivent et réceptionnent ces dispositifs et quels sont leurs effets sur l’acquisition de meilleurs comportements en matière d’alimentation et de lutte contre la sédentarité.

 

La régulation du marché des sportifs professionnels

Dans la continuité d’un travail consacré à la régulation de la fabrique des footballeurs professionnels, nous tâcherons de mener l’enquête au coeur du métier de sportif professionnel. Il s’agira plus exactement de produire une sociologie compréhensive du métier de basketteuse construite sur l’examen empirique du travail, de la profession, du marché, de la reconversion et de ses aléas.